Nous croyons choisir nos objets. En réalité, ils nous décrivent. La psychologie environnementale distingue trois façons dont un intérieur parle de celui qui l'habite. Les affirmations de soi, ces signaux qu'on adresse aux autres : un diplôme encadré, une photo de voyage. Les régulateurs d'humeur, ces objets qu'on garde pour soi seul : une bougie, un fauteuil, une certaine lumière. Et les traces comportementales, ces résidus involontaires : un lit défait, des livres empilés à même le sol. Je photographie des gens chez eux depuis 2020. Je ne cherche pas à les décoder. Ce qui m'intéresse, c'est le moment où ces trois langages se contredisent : ce qu'on montre, ce qu'on s'accorde, et ce qu'on laisse traîner sans y penser. C'est dans cet écart que quelqu'un apparaît. Chaque personne pose avec un objet qui lui tient à cœur. Un geste simple, pour avoir une contenance et oublier l'appareil. Ensuite, la chambre fait le reste. Le projet a commencé pendant le confinement, dans une maison où nous vivions à onze. Il s'est prolongé de colocation en colocation, puis dans les kots de l'UCLouvain Saint-Louis. Deux chapitres ont été exposés. Le reste continue.